Cet après-midi j'ai fait du tri. Deux grand sacs remplis à ras bord de cahiers, de feuilles de cours, de classeurs bourrés à craquer.
Poubelle.
Aux ordures, les équations, les propositions relatives, les études de textes classiques et la France sous De Gaulle. A la poubelle, les indices de séisme, les dynasties prestigieuses et les moteurs à hydrogène. Dans un grand sac j'ai rangé les dissections de souris, les expériences foireuses, les 6/20 en chimie, les cartes de la Rome antique, les déclinaisons de latin. Ne plus jamais parler de terra, terra, terram, terrae, terrae, terra. Adieu les cours de géo qui ne m'ont rien appris. A mort les cours d'histoire qui m'ont volé les heures du lundi après midi. Arrivederci le present perfect et le vocabulaire inutile. Bye bye Rousseau, Rabelais, Voltaire, Nietzsche, Gargantua, Candide, Céline, Maupassant, Balzac, La Colonie, Supervielle, Platon, convaincre, persuader, délibérer, la poésie moderne, les textes en prose et les métaphores superficielles.
J'ai gardé deux ou trois choses qui me tenaient à c½ur, comme on garde un souvenir d'une période éloignée. Des dessins de maternelle, des mots des autres, deux trois photos qui trainaient par là. J'suis vide. J'ai l'impression d'être pleine de rien, d'avoir balancé tout ce que je savais par les fenêtres. J'ai passé un temps fou à mémoriser des trucs inutiles, des histoires de cellules qui se divisent, de guerres qui' n'en finissent pas, de pays sous-développés, de roi cruels, de peuples féroces, d'anaphores explicites, de textes emblématiques, d'équations à une inconnue, d'empereurs qui se haïssent, de frontières mouvantes et inexistantes.
J'avais déjà l'impression de rien savoir, mais le fait d'avoir ces choses écrites quelque part me rassurait, même si je n'y jetais jamais un ½il. Le fait d'avoir une trace des années, de garder une preuve que tout ça s'est réellement passé.
Aujourd'hui, tout est dans la voiture, prêt à être balancé dans la benne de la déchetterie. Il me reste seulement de la poussière sur les mains et des porte-vues évidés. Maintenant, tout est dans ma tête.
La suite reste à venir.